Le spectacle d'un ascète ne portant qu'un simple pagne et pratiquant le yoga au mépris des rigueurs de l'hiver dans les chaînes de l'Himalaya est pour le moins insolite et relève plus de la fantasmagorie.
Le Tibet a toujours été, pour nous Occidentaux, un pays magique qui draine son chapelet de mystères, comme la légende du Yéti et les histoires de moines qui lévitent — « Tintin au Tibet » est à ce sujet très révélateur. Alors, pourquoi pas des ermites dotés de pouvoirs qui leur permettent de résister au froid ?
Pourtant, notre regard change lorsqu'on découvre que le toumo a ses adeptes en France et qu'il ne s'agit pas de lamas doués de pouvoirs surnaturels, mais simplement de gens passionnés par ce yoga très particulier.
On peut comprendre que les Tibétains aient été poussés par la nécessité de s'adapter aux rigueurs de leur climat, mais qu'est-ce qui peut bien pousser des gens « normaux » à entrer dans l'eau glacée ou à se tenir sous des cascades par –15 °C ?
D'abord, le besoin de rétablir le dialogue avec le corps. Tout le monde a la capacité de s'adapter au froid ; simplement, les artifices qui nous entourent nous l'ont fait oublier : la climatisation et le chauffage sont autant d'obstacles entre nous et la thermorégulation du corps. Attention toutefois à ne pas confondre adaptation et invulnérabilité : les données actuelles suggèrent que l'entraînement agit surtout sur la circulation périphérique et la sensation de froid, pas sur la capacité de tenir à –20 °C sans conséquence. Les échantillons restent petits, les protocoles diffèrent d'une étude à l'autre, et rien n'indique qu'on devienne insensible au froid.

Ensuite, le besoin de rétablir le dialogue avec la nature. Je ne connais pas de sensation plus intense que ces fois où je me suis trouvée dans un torrent de montagne ou sous une cascade, alors que l'orage grondait — quel sentiment extraordinaire que de ne plus simplement être le témoin de ce spectacle, mais une de ces particules ballotées par les éléments déchaînés !
Enfin, ce débordement d'énergie lorsqu'on sort de l'eau glacée. Le froid provoque une réaction circulatoire et est traditionnellement utilisé en hydrothérapie ; ses effets sur l'immunité restent étudiés. C'est dans cette tradition que s'inscrit le travail de l'abbé Kneipp, l'un des pionniers de l'hydrothérapie.
Le yoga tibétain a un côté très martial. Ce n'est sans doute pas un hasard si les moines yamabushi, au Japon, utilisent les mêmes techniques pour se purifier — méditations sous les cascades, enfouissement dans la neige, etc. Pour pratiquer le yoga du froid, il faut être dans une démarche de dépassement de ses peurs les plus profondes, être déterminé, et surtout être préparé par un instructeur compétent. On ne s'improvise pas yogi du froid : une exposition au froid, lorsque l'organisme n'a pas été préparé par les exercices spécifiques du toumo, peut tout simplement déboucher sur une catastrophe.
Le toumo se transmet et ne se trouve pas dans les manuels. Pour ceux qui seraient tentés par l'expérience, je n'ai qu'un conseil : rencontrer Maurice Daubard, le spécialiste du toumo en Europe, dans son école de yoga au fin fond de l'Auvergne, où il enseigne un toumo qui a le mérite d'être occidentalisé. Depuis, la méthode Wim Hof — respiration soutenue et expositions courtes au froid — a déplacé le curseur : on parle désormais de dépassement de soi, parfois de performance pure. Les deux approches peuvent cohabiter, à condition de ne pas confondre exploit sportif et tradition.

N'oublions pas qu'au Tibet, le toumo n'a pas d'intérêt en soi et n'est qu'une marche pour accéder à une spiritualité faite de renoncement et d'abnégation. Je ne prétends pas que ces notions soient inexistantes en Occident, encore que pour les rencontrer, il faille soit remonter au Moyen Âge, soit se rendre dans certains monastères orthodoxes, où la prière et le renoncement sont la règle de vie depuis toujours. Simplement, la mystique tibétaine ne nous est pas accessible. Personne ne l'exprime mieux que Jung dans Psychologie du yoga de la kundalini : « Les représentations hindoues nous sont étrangères, à nous Occidentaux. Pour la plupart d'entre nous, nous sommes incapables d'en acquérir une connaissance profonde. En outre, nous sommes tous, physiologiquement parlant, des chrétiens, que notre conscience le reconnaisse ou non. »
On entend parler du toumo pour la première fois dans le livre de la grande exploratrice Alexandra David-Neel, Mystiques et magiciens du Tibet. Écoutons ce qu'elle en dit : « Passer l'hiver dans une caverne située, souvent, entre 4 000 et 5 000 mètres d'altitude, vêtu d'une robe mince ou même nu et ne pas périr gelé, est un problème compliqué. Nombre d'ermites tibétains l'ont pourtant résolu, et leur endurance est attribuée au fait qu'ils possèdent le moyen de stimuler la chaleur interne appelée toumo. Le mot toumo signifie chaleur, mais il n'est pas employé dans le langage courant pour désigner la chaleur ordinaire. »
En pratique, retenez ceci : la capacité d'adaptation existe bel et bien, mais elle se construit lentement, par des expositions progressives et répétées. Un plongeon dans un lac à 8 °C n'a rien d'une initiation. En cas de doute, parlez-en à un professionnel de santé avant de vous lancer.

Le bain froid n'est pas anodin. Troubles cardiaques, hypertension non contrôlée, grossesse, épilepsie ou antécédent d'hydrocution : dans ces situations, on demande l'avis de son médecin avant toute exposition prolongée. On avance par étapes, jamais seul la première fois, et on coupe immédiatement si les sensations deviennent désagréables.
Budget
Comptez de l'ordre de quelques centaines d'euros pour un stage d'initiation à la respiration et à l'exposition progressive au froid encadré par un instructeur expérimenté ; le tarif dépend de la durée, du lieu (montagne, Auvergne, stations thermales) et du niveau d'encadrement. Un séjour de plusieurs jours avec hébergement monte bien davantage. Les prix évoluent vite et beaucoup de structures n'affichent pas de tarif public : mieux vaut demander directement un devis à l'école ou au centre envisagé avant de s'engager.
Sources
- Alexandra David-Neel, Mystiques et magiciens du Tibet, Plon, 1929.
- Carl Gustav Jung, Psychologie du yoga de la kundalini.
- Travaux de Sebastian Kneipp sur l'hydrothérapie (XIXe siècle).
- M. Kox et al., « Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans », PNAS, 2014 (recherches sur la méthode Wim Hof).
- Repères de sécurité sur les baignades en eau froide et l'hydrocution, Santé publique France.





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