Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si magasins, publicités, décorateurs, artistes choisissent avec minutie leurs couleurs, ces instruments que l'on dit dotés d'un pouvoir psychologique et physiologique sur l'être humain.

Inde, Chine, Égypte, Italie, Grèce… ont eu dans l'Antiquité leur symbolique des couleurs, souvent intimement liée à la religion et exprimée à travers les vitraux des cathédrales, les peintures des temples égyptiens, les représentations de divinités chez nombre de peuples et de tribus tels que les Mayas, les Aztèques ou encore les Incas. Les Japonais reconnaissent pour leur part, en chaque couleur, des significations délicates « dépassant ce que l'homme est capable de décrire ».

Prisme de verre décomposant la lumière du jour en un arc-en-ciel sur un mur clair
Toutes les couleurs naissent d'une même lumière
Vitrail ancien aux couleurs profondes traversé par la lumière dans un édifice en pierre

Bien évidemment, selon les époques, les civilisations, les lieux, le langage des couleurs change, est parfois différent voire même contradictoire. Mais saisir les principales tendances attachées à chaque teinte peut nous donner un aperçu, une carte de visite en quelque sorte, de toutes celles qui font notre quotidien.

Alors, envie de repeindre une pièce, de redécorer votre magasin, de vous mettre sur votre trente et un pour un entretien… ? Nul doute, bien choisir vos couleurs peut s'avérer judicieux ! Coup d'œil donc sur le langage des couleurs.

Le blanc

Le blanc, synthèse de toutes les couleurs, est symbole de lumière, de pureté, de chasteté, de vertu. Ainsi la robe de la communiante ou de la mariée est blanche, le bouquet de fleurs d'oranger, la colombe, le diamant, la neige… représentent la pureté, l'innocence.

Tissu de lin blanc froissé sur une surface en plâtre chaulé, lumière rasante
Le blanc pur, adouci par le bois clair et la laine

De même, à Rome, les vestales, ces prêtresses qui faisaient vœu de chasteté au risque d'être enterrées vivantes en cas de manquement à leur devoir, étaient toutes de blanc vêtues ; les Égyptiens, eux, enveloppaient les défunts d'un linceul blanc, symbole de la délivrance d'une âme pure et éternelle du corps périssable. Côté décoration, le blanc agrandit visuellement un petit salon, mais peut refroidir une pièce peu éclairée : associez-le à un bois clair ou à un textile chaud pour éviter l'effet salle d'attente.

Tissu de velours rouge profond drapé en plis, éclairé de biais pour révéler sa matière
Le rouge, du feu sacré à la passion amoureuse

Le rouge

Le rouge est synonyme d'optimisme, de désir amoureux, de passion, d'agressivité, de vigueur. Symbole de vie mais aussi de destruction, il était pour les Égyptiens la couleur de l'amour divin. Chrétiens, Hébreux et Arabes associaient le rouge au feu, à la divinité et au culte, et il fut longtemps la couleur de la noblesse, des généraux, des empereurs romains, des souverains… Historiquement lié au pouvoir, au feu et à la passion, il évoque aujourd'hui autant l'énergie que la mise en garde. Une touche de rouge dans une entrée réveille l'espace ! Une grande surface rouge, en revanche, finit par fatiguer l'œil.

Une femme compare des échantillons de peinture rouge devant un mur bordeaux

Le vert

Couleur de la nature, symbole de la régénération et de l'espérance, le vert marque la fin de l'hiver et le renouveau. Dans les rêves, il est associé à un besoin d'estime, de valorisation, de connaissance, mais aussi à la vigueur sexuelle. En Égypte, le vert symbolisait la création du monde, la fondation du temps. En Chine, il correspond à l'est : printemps, bois, charité. Dans la symbolique chrétienne, le vert évoque surtout l'espérance et la vie ; certaines traditions médiévales y ont vu aussi des significations ambivalentes. On l'apprécie volontiers pour les espaces de repos, car il est perçu comme apaisant, et on le retrouve dans les campagnes de prévention liées à l'environnement : entre toutes les teintes, c'est sans doute la plus facile à intégrer dans une pièce de vie !

Trois pots en grès émaillé vert sur une étagère en plâtre, avec une branche d'eucalyptus
Le vert sauge, apaisant, pour un coin lecture serein
Feuilles vertes et fougères couvertes de rosée à la lumière douce du matin
Le vert, promesse de renouveau et d'espérance

Le jaune

Or et lumière, le jaune est également la couleur lunaire, et il est alors associé à l'inconstance, la jalousie, la culpabilité, la trahison. D'ailleurs dans l'iconographie, Judas est représenté vêtu de jaune, et autrefois en France, la porte des traîtres était peinte de jaune. Dans les rêves, le jaune serait symbole d'entrain, de jeunesse, d'audace voire même de vanité : il exprimerait un besoin de supériorité. Il reste surtout la couleur du signal : surligneur, panneaux temporaires, gilets. Il donne de l'entrain à une cuisine ou à un couloir, à condition de rester en petite quantité : sur de grandes surfaces, il peut devenir fatigant.

Champ de fleurs jaunes et d'herbes hautes sous une lumière estivale dorée
Le jaune, entre or et lumière, éclaire le regard

Le violet

Mélange de rouge et de bleu, le violet est symbole d'amour et de vérité. Il fut la couleur de l'alliance du seigneur et de l'Église, également celle des évêques, des martyrs et des veuves. En Chine, le violet évoque surtout la noblesse et la dignité ; il n'est pas la couleur du deuil. Dans les rêves, il serait la couleur de la soumission, mais aussi de la fusion amoureuse : il exprimerait un besoin d'union ou d'approbation, et peut également signifier mélancolie et besoin de tendresse. Aujourd'hui, il signale souvent le raffinement, et certaines campagnes de santé publique l'emploient pour sa douceur. Il apporte de la profondeur à une pièce sans l'assombrir, surtout en version prune ou lavande.

Oranges fraîches avec leurs feuilles et une coupée en deux sur un lin clair
L'orange, couleur de la convivialité et de l'énergie

L'orange

Mélange de rouge et de jaune, l'orange fut le symbole du mariage indissoluble, puis par opposition de l'adultère et de la luxure. Dans le langage des blasons, il était synonyme d'hypocrisie. Dans les rêves, l'orange serait symbole de luxure et exprimerait le besoin de jouissance, voire la nécessité de se contrôler, de ne pas laisser libre cours à ses impulsions. Aujourd'hui, il évoque plutôt la convivialité et l'énergie : c'est la couleur des chantiers et des gilets de sécurité, mais aussi celle des salles d'accueil, où il met les visiteurs à l'aise. Une seule teinte suffit pour réchauffer une pièce un peu triste !

Champ de lavande violette au crépuscule, rangées s'estompant vers l'horizon brumeux
Le violet, entre noblesse, tendresse et mélancolie

Le noir

Symbole du néant, de la nuit, associé au mal et à l'erreur, le noir évoque toutefois une idée de résurrection. Autrefois, dans l'Antiquité, des rites initiatiques étaient pratiqués de nuit, l'obscurité étant alors symbole d'une mort, mais d'une mort permettant une renaissance. Dans les rêves, on peut interpréter le noir comme une peur de la vie, le désespoir, la peur de l'abandon, mais aussi un besoin d'indépendance.

Tasses en grès noir mat et petit vase sombre sur une table en chêne clair
Le noir, une profondeur qui fait ressortir la lumière

Le rose

Mélange de rouge et de blanc, le rose est la couleur de la chair et de la séduction ; il symboliserait l'amour et la fidélité.

Chevet avec plaid en lin rose poudré et carafe en verre rosé, lumière douce
Le rose poudré, une douceur qui réchauffe sans sucre

Le marron et le brun

Couleur de la terre et de l'automne, le brun contient une idée de dégradation, de mort. La symbolique chrétienne voyait ce rouge/noir comme un mélange de feu, de cendre, de fumée et de suie, symbole de la trahison et de l'amour infernal. Le brun serait la couleur de l'obstination, de l'égoïsme voire même de la méchanceté. Dans les rêves, il exprimerait un besoin de sécurité et de confort.

Bols en argile brute, planche en noyer et lin brun sur une table beige
Le brun, la couleur de la terre, chaude et rassurante

Le gris

Étrange union que voilà, celle du blanc, de la pureté et de l'innocence, et du noir, couleur du mal et de la culpabilité. Le gris représente souvent la tristesse et l'anxiété, tandis que dans la Bible, couleur de la cendre, il représente la pénitence et le deuil. Dans les rêves, il traduirait l'indifférence, la froideur, l'ennui.

Le bleu

Dans de nombreuses traditions, le bleu est associé au divin : Vishnou en Inde, Zeus en Grèce, Amon-Ra en Égypte, Junon dans la mythologie romaine… Couleur froide, il symbolise la vérité, la loyauté, la fidélité ainsi que la justice. Couleur du repos et de la méditation, le bleu foncé est apaisant ; le bleu clair, pour sa part, se veut symbole de l'évasion et du merveilleux. Dans les rêves, il serait représentatif de l'équilibre, du contrôle de soi, de la générosité, de la bonté. Les blouses de bloc opératoire ont longtemps été bleu-vert pour une raison très concrète : reposer la vue après l'observation de tissus rouges. Dans une chambre, un bleu doux favorise le calme, mais un bleu trop froid peut paraître distant.

Lit en lin lavande et coussin en velours prune dans une chambre claire
Le violet, profondeur prune et douceur lavande

Histoire, sociologie, psychologie, stylisme, décoration, santé… de nombreux domaines s'intéressent à la symbolique des couleurs, et pour preuve, le nombre incroyable d'ouvrages qui lui sont consacrés ! Pourquoi un tel intérêt pour ce qui semble au final plutôt superficiel ? Parce qu'après réflexion, le langage des couleurs, ce qu'elles sont capables de nous inspirer, de nous faire ressentir, le comportement qu'elles peuvent induire, est loin d'être négligeable et peut-être même bien plus important que ce que l'on pense communément. Si vous dormez mal, ou si votre moral reste bas plusieurs semaines, parlez-en à un professionnel : la teinte d'un mur ne remplace pas un avis médical.

Nuances de peinture sans inscription comparées sous une lumière froide et une lumière chaude

Budget

Comptez environ 80 à 250 € pour une séance de conseil en couleur — colorimétrie personnelle ou conseil de décoration intérieure — selon la durée, la formation du consultant et la région. Les ouvrages de référence sur l'histoire et la symbolique des couleurs, notamment ceux de Michel Pastoureau, se trouvent généralement entre 10 et 35 € en librairie. Côté peinture, un pot de 2,5 litres de qualité se situe le plus souvent entre 25 et 60 €, davantage pour un pigment naturel ou une teinte profonde ; ces fourchettes varient selon la marque, la finition et le lieu d'achat.

Sources

  • Michel Pastoureau, Bleu : histoire d'une couleur, Éditions du Seuil ; Le petit livre des couleurs, Points.
  • Annie Mollard-Desfour, Le dictionnaire des mots et expressions de couleur, CNRS Éditions (série de volumes : rouge, bleu, etc.).
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), dossiers grand public sur l'environnement et le bien-être.