Ray-Ban, des lunettes et un mythe qui perdure

Vous avez forcément une paire qui traîne dans un tiroir, ou un modèle qui vous fait de l'œil derrière une vitrine. Ray-Ban, c'est la marque qu'on croit connaître par cœur, et dont on ignore souvent la moitié de l'histoire. Comment diable ces montures traversent-elles les décennies sans prendre une ride ? On rembobine.

Une main tenant des lunettes de soleil face à la lumière, révélant la teinte et la profondeur du verre

Une histoire née dans l'atelier d'un opticien

Avant les lunettes de soleil, il y a un atelier. En 1853, à Rochester, dans l'État de New York, l'opticien allemand John Jacob Bausch s'associe à Henry Lomb. Ensemble, ils fondent Bausch & Lomb, une maison qui fabrique des montures, du matériel optique, des lentilles. Le soleil, à ce stade, n'est pas encore le sujet.

Il faut attendre les années 1930 pour que la lumière devienne un vrai problème à résoudre. Les pilotes de l'US Army Air Corps redescendent de vol avec des maux de tête, causés par l'éblouissement en altitude. Bausch & Lomb leur dessine alors une fine monture en métal, des branches recourbées qui tiennent sous le casque, et surtout un verre vert qui coupe une partie des ultraviolets et des infrarouges. C'est l'Aviator. La marque Ray-Ban est déposée en 1937, contraction du mot d'ordre « bannir les rayons » du soleil. Une leçon de savoir-faire dès le départ, non ?

Atelier d'opticien : montures fines en métal et verres teintés vert posés sur un établi en bois

Du cockpit au tapis rouge

Après-guerre, l'Aviator quitte les bases militaires et atterrit sur les écrans. La Wayfarer arrive en 1952, avec sa silhouette trapézoïdale en acétate, plus massive, plus graphique. Sur un visage, c'est une pièce statement qui structure la silhouette et signe un total look en une seconde à peine. On la voit sur les visages d'Hollywood, puis dans les clips des années 80. Verres sombres, monture épaisse, allure affirmée : la recette ne bouge plus.

Côté propriété, la marque a changé de mains en 1999, rachetée par l'italien Luxottica, aujourd'hui intégré au groupe EssilorLuxottica. La fabrication passe en partie par l'Italie. Et le mythe continue de carburer : Aviator, Wayfarer, Clubmaster, Round Metal — chaque décennie décline la même promesse, une monture reconnaissable entre mille, qu'on peut accessoiriser avec presque tout un vestiaire, du jean au blazer.

Jeune femme métissée en blazer portant des lunettes de soleil trapézoïdales en acétate noir, dans la rue

Avouons-le, on n'achète pas seulement une monture : on achète une allure, un geste qu'on répète sans y penser en les remontant sur le nez. Mais une fois qu'on a dit ça, il reste la vraie question — qu'est-ce qu'on a vraiment entre les mains ?

Ce que vous achetez vraiment

Soyons claires : une partie du prix, c'est le nom. Mais pas seulement.

La qualité d'un verre solaire se lit sur trois critères : la catégorie de filtre (0 à 4), le pourcentage d'UV bloqués et le traitement de surface. Sur les modèles vendus en Europe, les verres sont généralement teintés dans la masse, en minéral ou en polycarbonate ; les modèles sont marqués CE et conformes à la norme EN ISO 12312-1. Traduction simple : la protection annoncée va jusqu'à 400 nanomètres, ce qui couvre l'essentiel du spectre nocif.

Ce qui ne se voit pas, en revanche, c'est un verre très foncé mais sans protection UV, qui peut être plus risqué que de ne pas en porter du tout, parce que la pupille se dilate et laisse passer d'autant plus de rayons. C'est l'un des pièges classiques des contrefaçons, et il vaut pour toutes les marques, pas seulement celle-ci.

Si vous commandez en ligne ou sur un marché, vérifiez deux choses : le marquage CE sur la branche, et la catégorie affichée. Catégorie 3 : usage quotidien. Catégorie 4 : montagne et haute mer, interdite au volant. Un opticien vous donne l'info en une seconde.

Comment les choisir

La monture, c'est un peu comme une coupe de cheveux : ce qui va à une personne ne va pas à tout le monde. Un visage rond gagnera à chercher un galbe anguleux — Wayfarer, Clubmaster — pour structurer la silhouette ; un visage carré sera adouci par des formes rondes ou ovales ; et sur un visage ovale, presque tout passe, à vous de jouer avec la couleur et la matière.

Côté matériaux, l'acétate se patine avec le temps et prend une jolie profondeur, tandis que le métal fin reste léger mais marque plus vite. La marque annonce aussi des collections en matières recyclées ou bio-sourcées — à vérifier fiche par fiche, car toutes les montures ne sont pas concernées, et le mot « recyclé » ne dit rien de la part réellement utilisée. Un point d'honnêteté qu'on aimerait voir plus souvent.

Budget

En France, comptez environ 130 à 180 € pour une paire Ray-Ban classique (Aviator, Wayfarer, Clubmaster en verres non polarisés), en opticien comme sur le site de la marque. Ajoutez 30 à 60 € pour des verres polarisés, et davantage encore pour des verres correcteurs, selon la correction et les options. Le tarif bouge avec la ville, la gamme, la finition choisie et l'entretien prévu — un jeu de verres de rechange, par exemple. Une seconde paire en fin de collection chez un opticien vous coûtera souvent moins cher qu'une copie bien imitée, garantie et ajustage en plus.

Les paires à 40 € « style Aviator » vendues sur les marchés ou en ligne ne sont pas des Ray-Ban, et la protection n'est presque jamais garantie. Verdict pour une paire de la marque : oui pour le week-end et les vacances, où une belle monture transforme un jean-tee-shirt en total look ; à oublier pour courir après le bus le matin, où on préfère le basique qu'on peut poser sans trembler.

Sources